05/07/2006

Belgique – Italie : Une rencontre passionnante, à la fin de laquelle les plus réalistes l’ont emporté.

Les klaxons ont retenti toute la nuit dans les rues du royaume.

 

C’est un onze belge très tendu qui monte sur la pelouse du stade de Dortmund en cette soirée magique du quatre juillet deux mille six. En effet, la nation de Jacques Brel et de Plastic Bertrand s’apprête à jouer la deuxième demi-finale de son histoire, vingt ans après celle de 1986, alors perdue face à un seul homme. Il n’en serait sans doute rien cette fois. L’équipe italienne dispose certes de noms ronflants, mais c’est avant tout un collectif difficilement ébranlable, comme elle a pu le montrer lors des phases précédentes.

 

Du côté belge, les individualités sont surtout dans la tribune : S.A.R le Prince Philippe de Belgique et son épouse la Princesse Mathilde, avec à leurs côtés Monsieur le Premier Ministre Guy Verhofstadt et Monsieur le Président de l’URBSFA Jan Peeters. Parmi les supporters plus habituels, qu’on ne retrouve pas dans le carré VIP mais bien dans le stade, les caméras avisées repèrent le pongiste Jean-Michel Saive, l’humoriste François Pirette et le chanteur Jean-Luc Fonck. Barbouillés de noir – jaune – rouge, ils chantent le célèbre « olé olé olé » d’un autre non moins célèbre chanteur de nos contrées, présent également à leurs côtés. Bref, que du beau monde pour venir supporter nos Diables !

 

Malgré nos prévisions, René Van der Eycken avait décidé de titulariser sa défense-type, en n’apportant des modifications qu’à l’attaque et à l’entrejeu. Ainsi, Gabi Mundigayi se voyait titularisé, sans doute en faveur de son expérience face aux joueurs du Calcio. Goor gardait sa place sur la gauche, tandis que Buffel glissait à la droite de l’entrejeu, étant remplacé en pointe par un des Belges en forme : Wesley Sonck. Tous semblent nerveux ; lors des hymnes nationaux, aucun n’entonne la Brabançonne… Peut-être préfèrent-ils restés concentrés sur l’enjeu. C’est fort probable, car au coup de sifflet, cette nervosité s’efface soudain, au profit d’un engagement qui marquera les nonante minutes de la rencontre.

 

Dès le départ, les Italiens prennent le jeu à leur actif et mettent la pression sur notre ligne arrière. Malgré les minutes accumulées jusque là, notre quatuor défensif paraît en grande forme. Dès la 3e minute, Totti pénètre dans le rectangle, mais se voit contré par un roc nommé Van Buyten. Le capitaine de la Roma s’écroule, mais l’arbitre n’est dupe, et le sanctionne d’un carton jaune. Cet évènement a-t-il influencé la suite de la rencontre ? L’affirmative est fort probable …

 

La tactique azzura semble claire : marquer le plus vite possible, pour se rassurer, et prendre le match en main. Poussée par un public bleu venu en masse, ils pressent notre défense durant les vingt premières minutes, mais parviennent rarement à trouver une ouverture. A la 14e minute, Luca Toni réussit tout de même à percer le cadenas vandereyckenéen d’un dribble fantastique, mais il tire en plein sur Silvio Proto, qui n’éprouve aucune difficulté à s’emparer du ballon.

 

Sur la relance, Camoranesi récupère le cuir, et ne trouvant pas d’homme libre à qui adresser une passe, il tente sa chance de loin. Son tir passe au dessus de la cage. Peu après, c’est Pirlo qui verra son avancée stoppée par Mudingayi. Décidément, la défense belge semble parfaitement installée.

 

Elle montre toutefois ses failles à la demi-heure. Sur un centre de Gattuso, Totti effectue un contrôle de la poitrine qui trompe Van Buyten, avant d’adresser une passe directe à Perrotta monté sur la gauche. Le jeune Romaniste est tout près de trouver l’ouverture, mais il butte sur un Silvio Proto des grands soirs. Sur ce coup-là, la parfaite sortie du gardien anderlechtois rattrape les errances de sa défense.

 

Mais il ne suffira pas de défendre pour vaincre. Or, la mi-temps arrive, et les attaquants belges n’ont pas encore eu une seule occasion à se mettre sous la dent. Pire même, puisque l’entrejeu belge ne parvient que moyennement à s’en sortir. Buffel et Goor sont rarement avisés, tandis que Geraerts et Mudingayi sont plus souvent derrière qu’à la relance. Sur son banc, René Van der Eycken sait que pour gagner, il lui faudra marquer. Les deux équipes regagnent les vestiaires sur un 0-0, mais ce sont les Italiens qui se sont montrés les plus conquérants, avec une possession de balle de 68%.

 

Les Diables se risquent enfin à attaquer

 

Ces mêmes Italiens reviennent sur le vert avec encore plus de détermination. A la 49e minute, une longue balle de Zambrotta parvient dans les pieds de Toni, qui se retourne et laisse envoie vers Totti. Ce dernier lance un véritable boulet de canon vers la lucarne de Proto, qui réussit tant bien que mal à le dévier au dessus de la transversale. Sur le coup de coin qui suit, Materazzi place sa tête au deuxième piquet, et c’est Deflandre qui empêche la balle de venir flirter avec les filets belges. La défense tient, mais elle a très chaud !

 

La pression azuréenne s’intensifie encore trois minutes plus tard. Lancé par Pirlo, Toni se déjoue de Simons et file vers la cage de Proto. A l’entrée de la surface, il passe à Totti, qui n’a plus qu’à marquer, mais c’est au tour de Philippe Leonard de sauver les meubles en taclant parfaitement le romaniste. Les plaintes de la star romaine ne serviront à rien, et le jeu peut repartir.

 

On sent néanmoins la défense belge vacillante. Si l’équipe ne réagit pas rapidement, elle pourrait fort bien encaisser un goal, et ce n’est qu’une question de secondes … sans doute les joueurs belges le savent-ils, puisque c’est précisément ce moment qu’ils choisissent pour placer leur toute première offensive de la rencontre. Alors qu’on ne l’avait pas vu en soixante minutes, Bart Goor laisse Zambrotta sur place et file sur son flanc. Son centre parvient à Pieroni, miraculeusement isolé dans la surface. Le buteur belge place sa tête, mais l’Auxerrois trouve la transversale sur son chemin, avant que Grosso n’envoie la balle en corner. Pieroni se tient la tête, car il sait qu’il vient de passer à côté d’une occasion en or.

 

Le coup de coin belge est donné par Buffel. L’ex- Rotterdamois effectue une courte passe vers Deflandre, qui lui remet aussitôt. Le Catenaccio italien est en place, et il sera très difficile de trouver un homme libre. Mais les joueurs de la botte ont tellement bien placé leur rideau défensif qu’ils en ont oublié de presser le possesseur du ballon ! Buffel avance donc, libre de pressing, et tente sa chance des trente mètres. Le ballon, dont la trajectoire semble d’abord trop haute, redescend et file se loger dans la lucarne de Buffon ! Les défenseurs italiens sont stupéfaits, et leur gardien hurle en leur direction. Mais il est trop tard : contre toute attente, c’est 1-0 pour les Diables, grâce au premier but de Thomas Buffel dans cette compétition.

 

Toutefois, rien n’est fait pour nos couleurs ! Il faut se replacer, car les Italiens n’ont pas l’intention de laisser filer une finale qui leur tend les bras. Le football belge se prépare à vivre les trente minutes les plus longues de toute son histoire …

 

Afin de revenir rapidement au score, Lippi fait rentrer Del Piero à la place de Grosso. Le vieux renard de la Juve se met immédiatement en valeur, mais fort heureusement pour nous, son tir des 30 mètres file à côté du but. Le pressing ne fait que commencer ! Deux minutes plus tard, c’est Camoranesi qui parvient à donner à Toni dans la surface. Il va marquer, il tire, et du bout de l’index, Proto dévie sur son poteau avant que Simons n’envoie la balle le plus loin possible. L’Italie créé le surnombre dans le rectangle, et Van der Eycken doit faire quelque chose. Il décide alors de replacer Buffel en soutien de Pieroni, et de faire sortir Sonck pour Vanden Borre, afin de rééquilibrer les échanges derrière et dans l’entrejeu.

Ce changement stratégique apporte plus de sécurité à la défense belge, mais ne calme en rien les ardeurs italiennes ! A la 73e, Totti reçoit le cuir de Zambrotta et avance vers les vingt mètres. Entouré par trois défenseurs belges, le meneur italien chute à nouveau dans le rectangle ! Les dizaines de milliers de personnes présentes tournent les yeux vers l’arbitre… qui fait signe au romain de se relever ! Totti est littéralement fou de rage, et il faudra deux de ses coéquipiers pour venir le calmer, et l’empêcher de menacer l’intégrité de l’homme en noir. Le ralenti n’apporte aucune certitude parfaite, mais force est de constater qu’un penalty aurait été très généreux ...

 

Ce court répit permet aux Belges de se porter à l’avant. Vanden Borre, fraîchement arrivé,  passe en direction de Geraerts, qui adresse une longue transversale vers Goor. Mais le capitaine s’emmêle les pinceaux, et son centre file en coup de pied de but. Goor s’écroule alors sur la pelouse, non pas pour obtenir un penalty comme ses homologues italiens, mais bien car il est victime de crampes. Le capitaine a tout donné ces derniers jours, et au-delà d’une certaine limite, le corps humain ne peut plus suivre … Bart est alors remplacé par Koen Daerden, sous les huées d’une partie de la foule, et les acclamations de l’autre.

 

Il reste un quart d’heure à tenir ! Quinze minutes sans encaisser, et la Belgique sera propulsée en finale de la Coupe du Monde ! Pendant que Lippi fait rentrer Iaquinta pour Perrotta, René Van der Eycken hurle à ses joueurs de demeurer concentrés. Le coach ne peut plus rester assis, et encore moins immobile. Il évite l’infarctus de justesse trois minutes plus tard, quand une passe à ras de terre de Totti parvient à Gattuso, isolé devant Proto. Il faudra à nouveau un formidable sauvetage du jeune portier belge pour rassurer la maison belge. Silvio montre à la planète qu’il est sans doute le meilleur gardien du tournoi, et qu’il compte bien le rester jusqu’au bout. Il arrête un autre tir de Gattuso quatre minutes plus tard, certes moins dangereux, mais tout de même bien cadré.

 

Les secondes s’écoulent, et les Belges tiennent bon, malgré l’intense pressing dont ils sont les victimes. Et puis, à la 84e minute, leur sang se glace. Del Piero se fait faucher à l’entrée du rectangle par Karel Geraerts. L’endroit est idéal, pour celui qui a déjà inscrit des dizaines de buts sur des phases en tout point identiques. Le mur belge se dresse, mais gêné par Iaquinta et Totti, il éprouve des difficultés à rester en place. Alessandro Del Piero s’avance, et frappe vers l’endroit du mur où Iaquinta baisse sa tête. Le tir file droit vers le but, mais Proto se détend tel un félin, et parvient à boxer le cuir sur sa gauche. Gattuso récupère la balle avant qu’elle ne file en touche, et centre vers la surface où se pressent la quasi-totalité des acteurs. C’est Luca Toni qui saute le plus haut, mais avant même qu’il ne place sa tête, Totti et Materazzi s’écroulent dans la mêlée ! L’arbitre arrête le jeu, mais personne ne parvient à voir sa décision car il est immédiatement entouré par une vingtaine de joueurs. Alors, coup franc pour les Belges ? Penalty pour les Italiens ? Les joueurs des deux camps se calment, et s’éloignent du referee. Ce dernier se dirige alors vers le point de penalty, là où gisent Totti et Materazzi … et il leur adresse un carton jaune pour simulation ! Le ralenti est formel : aucun des deux n’a été touché. Sans se concerter, ils ont simplement tenté d’obtenir un coup de réparation en feignant la faute … Francesco Totti se voit donc exclure pour simulation, tout comme quatre années auparavant, contre la Corée du sud en huitième de finale.

 

Les esprits se calment, et Van der Eycken en profite pour remplacer Buffel par Defour. Sur le coup franc qui suit, Proto frappe la balle le plus loin possible. A la récupération, Pieroni saute plus haut que Cannavaro, et place le dos de sa tête pour envoyer le cuir vers le rectangle italien. Il lance ainsi Steven Defour, frais et libre de tout marquage, qui file vers les buts de Buffon sous les clameurs bruyantes de tout le public. Le gardien italien sort dans les pieds du jeune belge, mais celui-ci parvient à passer à Sonck, qui n’a plus qu’à pousser la balle dans le but vide : 2-0, et un troisième but pour Wesley ! A deux minutes de la fin, c’en est terminé des espoirs italiens ! Déjà moralement atteints par l’exclusion de Totti, les champions azzuri s’écroulent par terre, pendant que l’entièreté du staff belge, coach, kinés, délégation, accourt vers le point de corner pour féliciter le buteur, déjà enfouis sous ses dix coéquipiers qui le congratulent chaudement.

 

Il faudra trois bonnes minutes aux Diables pour reprendre leur place sur le terrain. Les Italiens mettent encore une fois le nez à la fenêtre par l’entremise de Toni, mais le moral n’y est plus. Et au coup de sifflet final, c’est la délivrance, la jouissance, l’orgasme sportif comme la nation n’en a jamais connu un :

 

La Belgique est en finale de la Coupe Du Monde !!!

 

 

«  Nous voulions marquer les premiers. »

 

Il sera très difficile d’interviewer les joueurs belges après la rencontre. Est-ce seulement utile, car les images parlent d’elles-mêmes, et les mots semblent inutiles. Seul le coach national, le nouveau héros de tout un peuple, parviendra à glisser les secrets de sa stratégie entre deux accolades et coulées de champagne sur la tête : « Nous voulions marquer les premiers, car nous savons qu’à 1-0, l’Italie aurait cadenassé derrière. J’ai demandé à mes joueurs d’être très attentifs en défense, et de lancer un contre dès que l’occasion se présenterait. Thomas (NDLR : Buffel) a marqué un but splendide, peut-être le plus beau du tournoi. L’arbitre ne s’est pas laissé abuser par l’étendue du talent des comédiens italiens (sic). Et au final, nous voici … en finale ! C’est mérité. Bravo aux joueurs, et merci aux supporters. » Ce sont là les derniers mots que nous parviendrons à arracher du sélectionneur, avant qu’il ne soit emmené de force dans les douches, où il prendra un bain tout habillé.

 

On a même frôlé l’incident diplomatique, lorsque le prince Philippe, venu féliciter nos champions, fut à son tour gentiment poussé vers la piscine créée pour l’occasion … Philippe Leonard, pourtant son homonyme, le prit sur ses épaules, et croyant à une farce, notre futur roi se laissa faire. Mais quand il vit que le Liégeois se dirigeait vers l’étendue d’eau, c’était déjà trop tard ! Sa Majesté en fut toute trempée, mais heureusement, Elle le prit avec humour et détachement. Quelques minutes plus tard, c’est toutes les célébrités belges présentes sur place, wallonnes et flamandes, qui pataugeaient allègrement dans la mare, pendant que l’Héritier de la Couronne se séchait dehors, et que son épouse se voyait déconseiller d’entrer dans les vestiaires du Stadium Dortmund.

 

C’est tout de même beau, un pays uni …

 

Rendez-vous en finale !!!

 

 

Petreri D.

 

 

Belgique : Proto ; Deflandre, Van Buyten, Simons, Leonard ; Goor (75e), Geraerts, Mudingayi, Buffel (88e Defour) ; Sonck (Vanden Borre 68e), Pieroni.

Italie : Buffon ; Zambrotta, Cannavaro, Materazzi, Grosso (63e Del Piero) ; Camoranesi, Gattuso, Pirlo, Perrotta (78e Iaquinta) ; Totti, Toni (89e Inzaghi).

Buts : Buffel, 1-0 (62e) ; Vanden Borre (88e).

Cartons jaunes : Totti (3e et 86e), Geraerts (84e), Materazzi (86e).

Cartons rouges : Totti (86e)

06:44 Écrit par Allez les diables ! | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

petite erreur Attention, SONCK était sorti avant de ... marquer !
Sinon, c'est génial, on s'y croirait.

Écrit par : ANNET | 05/07/2006

Remarque y en a au moins un qui suit jusqu'au bout !

Écrit par : JC | 06/07/2006

Que fais-tu après le Mundial ? Mazeratti ? Connais pas.

Écrit par : élections 2006 | 06/07/2006

Les commentaires sont fermés.