16/06/2006

Argentine 1 Belgique 2

Un but dans les arrêts de jeux qui ponctue une prestation quasiment sans faille. Où nos Diables s’arrêteront-ils ?

 

Deux victoires en autant de rencontres : la Belgique n’avait connu tel début de Coupe du Monde depuis 1994. De quoi nous rappeler de très bons souvenirs…

 

 

C’est une équipe belge très motivée qui est montée sur la pelouse du Stadium Gelsenkirchen, le stade de l’équipe de Schalke 04. Il n’y a pas si longtemps, c’était encore le temple de prédilection de bon nombre de nos expatriés. Devait-on y voir un signe du destin ?

 

Au vu de sa composition, René Van Der Eycken avait pris certains risques. Comme par exemple débuter la rencontre avec un 4-4-2 offensif, en n’alignant qu’un seul récupérateur dans l’entrejeu. Ou encore, oser faire débuter le jeune Steven Defour qui, il y a quelques semaines, ne faisait pas encore partie du noyau international. Bref, que de décisions surprenantes, pour un entraîneur habituellement considéré comme un as du rideau de fer en défense, et de l’entrejeu cadenassé. Si le match s’était soldé par une défaite, ce coup de poker lui serait, à l’heure actuelle, sévèrement reproché. Il n’en est rien. Que du contraire, nous ne pouvons que féliciter René pour avoir osé prendre des risques qui, en toute fin de rencontre, ont fini par payer.

 

Un début catastrophique

 

Tout commence pourtant mal. Dès la 5e minute, sur une passe en profondeur de Riquelme, Crespo déjoue le piège du hors-jeu pour s’en aller battre Silvio Proto. La Belgique n’a pas encore mis le nez dans le camp adverse qu’elle se retrouve déjà menée. Suite à cette rapide ouverture du score, les Argentins dirigent la rencontre à la baguette. Ils maintiennent la pression à la hauteur de notre ligne médiane, et de temps à autre, profitent de certains espaces pour tenter leur chance au but, comme avec ce tir de Riquelme à la 13e, qui frôle le montant droit, ou ce déboulé de Sorin sur le flanc gauche à la 24e ; son centre trouve la tête de Crespo, mais Proto se détend, et parvient à mettre la balle en corner. Le pressing argentin devant notre but s’accentue en fin de première mi-temps, mais peu à peu, la défense belge retrouve son placement sans faille de dimanche dernier. Si bien que le score est toujours de 1-0 lorsque arrive la pause.

 

Le constat est pourtant décevant, car rare sont les moments où nos attaquants ont réussi à toucher le ballon. Pire, Yves Vanderhaeghe semble être à bout de souffle, et en début de seconde mi-temps, comme face aux Pays-Bas, Karel Geraerts fait son apparition sur le terrain.

 

Une seconde mi-temps de légende.

 

Alors que tout le monde s’accorde à dire que l’Argentine se dirige vraisemblablement vers sa deuxième victoire, les Belges ont un sursaut d’orgueil. Dès la reprise, une longue balle de Van Buyten trouve Buffel dans l’axe. Le joueur de Glasgow dribble deux Argentins, avant de passer à Pieroni, esseulé au petit rectangle. Il faudra une magnifique parade d’Abbondanzieri pour empêcher les Diables d’égaliser. Les Argentins soufflent, mais leur répit est de courte durée. Sur le corner qui suit, le dégagement de la tête de Heinze est repris par Leonard, esseulé aux 30 mètres. Le Liégeois ne pose pas de question, et arme un tir magistral qui transperce la défense et vient secouer la lucarne d’Abbondanzieri (1-1). Alors que nos Diables se congratulent chaudement, c’est la stupeur sur le banc argentin. Ni une ni deux, l’entraîneur fait monter simultanément ses deux jokers : Lionel Messi et Carlos Tevez.

 

Cette option offensive semble porter ses fruits, puisque dès la 51e minute, les deux remplaçants de luxe sont à la base et à la conclusion d’une action qui manque de peu de trouver les filets ; le tir de Tevez, dévié par une jambe belge, terminera sa course en corner.

 

 

La Belgique qui rit, Riquelme qui pleure.

 

 

Trois minutes plus tard, survient le tournant du match. Suite à une percée dans l’axe, Riquelme s’effondre au point de penalty. Devant leur télévision, les 3 millions de belges qui suivent la rencontre en direct arrêtent de respirer le temps d’une seconde, avant que l’arbitre ne fasse signe au prodige argentin de se relever, sans ne siffler aucune faute. Sa décision est prise, et ce n’est pas les contestations de tout le clan adverse qui le feront changer d’avis.

 

Le ralenti n’aide guère les spectateurs à se faire une opinion. Certes, Riquelme est entouré de trois joueurs belges au moment de chuter. Certes, il semble que la jambe de Simons se frotte légèrement à celle de l’Argentin. Mais nul ne peut affirmer qu’il y ait bel et bien une faute volontaire. Dans le doute, l’arbitre s’est abstenu de siffler, ce n’est certainement pas les Belges qui vont lui donner tort…

 

Cette action prend des conséquences inattendues sur le jeu. Fou de rage, Riquelme est littéralement déchaîné. A la 71e minute, son incursion dans le rectangle faillit nous coûter cher, et il faudra un grand Proto pour dévier son tir au dessus de la barre transversale. Trois minutes plus tard, le même Riquelme obtient un coup franc à la limite du grand rectangle. A cette occasion, Anthony Vandenborre prend sa deuxième carte jaune, et se voit exclure de la rencontre. Sur le coup franc qui suit, le tir de Messi lèche le montant gauche de Proto.

 

Comme face aux Pays-Bas, on pense que l’adversaire va marquer. Mais même réduits à dix, les Diables font preuve d’un esprit d’équipe hors du commun, et se multiplient sur chaque balle – Pieroni n’hésitant pas à revenir aider sa défense sur les phases arrêtées. Les dix dernières minutes de la rencontre sont insoutenables. Par trois fois, l’Argentine aura une possibilité de but, mais les remparts belges tiennent bon. Et quand survient la dernière minute des arrêts de jeu, c’est tout le pays qui explose de joie.

 

 

Une victoire à l’arrachée.

 

 

Le quatrième arbitre annonce 4 minutes supplémentaires. La défense belge se regroupe. Entré en cours de jeu, Kevin Vandenbergh reste seul devant. A la 93e, un centre de Maxi Rodriguez trouve Crespo dans le rectangle. L’attaquant de Chelsea arme une tête, que Silvio Proto dévie. La balle arrive alors sur la droite, dans les pieds de Steven Defour. Auteur jusque là d’une prestation discrète, le jeune Genkois amorce une action qui restera à jamais inscrite dans les archives du football belge. Il remonte le terrain à une vitesse fulgurante, évitant d’abord Riquelme, ensuite Cambiasso, revenus sur lui. Arrivé à quarante mètres du but, il fait alors preuve d’une formidable intelligence de jeu, en adressant une soudaine passe lobée dans la surface, en direction de Kevin Vandenbergh. Ce coup de génie, d’une précision remarquable, trompe littéralement la défense argentine. Vandenbergh se retrouve seul face à Abbondanzieri, et fait parler ses instincts de butteur en prenant le gardien à contre-pied : 1-2 à la 94e minute.

 

Dans les gradins, c’est la consternation. Les chants argentins font à présent place à un silence de mort, troublé par les manifestations de joie des quelques 500 supporters belges qui se trouvent dans le stade. Les joueurs argentins n’auront même pas le temps de remettre la balle en jeu, que l’arbitre siffle la fin de la rencontre. Comme dimanche, la joie belge contraste littéralement avec la déception adverse. 

 

 

Qualifiés pour les huitièmes de finale !

 

 

Peu importe l’amertume des opposants, ce sont là les lois du sport. Après les trois coups de sifflets, le camp belge bouillonne de bonheur. En effet, cette nouvelle victoire, à nouveau conquise avec le cœur et les tripes, nous qualifie dors et déjà pour le second tour de la phase finale. « Alors que personne ne l’attendait, la petite Belgique fait à nouveau trembler les grands ! », faisait remarquer Eric Deflandre peu après la rencontre. « Il faut tirer un coup de chapeau à Steven (NDLR : Defour), faire ce qu’il a fait en toute fin de match témoigne d’un fabuleux sang froid. C’est décidément un futur très grand du football. ». Ce même Steven Defour dont la joie ne pouvait se mesurer : « C’est incroyable, je n’en reviens toujours pas. J’ai récupéré la balle suite au dégagement de Silvio, et puis j’ai couru, tout en regardant où j’allais. J’analysais chaque action à faire, et puis sans m’en rendre compte, je me suis retrouvé en zone d’attaque. Là, j’ai vu Kevin esseulé, j’ai centré … le résultat est formidable ! ».

 

Du côté argentin, on parlera encore longtemps du penalty non sifflé sur Riquelme, alors que le score était encore de 1-1. Leur prochaine rencontre face aux Pays-Bas sera capitale, puisqu’une seule des deux formations atteindra les huitièmes de finale.

 

Quant à nos diables, ils devront garder la tête froide, et continuer à faire honneur à leurs couleurs face à la Côte d’Ivoire, lors du dernier match de poule. Mais pour l’instant, laissons-les savourer ces grands moments de joie, que tout le peuple attendait depuis longtemps. Ils l’ont bien mérité.

 

Belgique : Proto ; Deflandre, Van Buyten, Simons, Leonard ; Vanden Borre, Vanderhaege,  (46e Geraerts); Defour, Goor ; Buffel (75e Mudingayi), Pieroni (82e Vandenbergh).

Argentine : Abbondanzieri ; Burdisso, Ayala, Heinze, Sorin ; Luis Gonzalez (85e Cambiasso), Riquelme, Mascherano (50e Messi), Maxi Rodriguez ; Crespo, Saviola (50e Tevez).

Buts : Crespo, 1-0 (5e) ; Leonard, 1-1 (49e) ; Vandenbergh, 1-2 (94e).

Cartons jaunes : Simons (13e), Vanden Borre (25e et 74e), Riquelme (83e).

Cartons rouges : Vanden Borre (74e).

 

 

Petreri D.

 

17:07 Écrit par Allez les diables ! | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Soyons réalistes L'incroyablement dénouement de ce match n'est pas sans rappeler d'autres miracles, il faut croire que la famille Vandenbergh est une malédiction pour l'Argentine. Mais tous ceux qui ont vu le match ne peuvent que constater que plus que jamais l'équipe belge bénéficie de la protection d'un ange gardien. L'Argentine était la meilleure équipe et le milieu de terrain ultra défensif a été largement dépassé par les événements. Pour compenser les essoufflements et les maladresses il a fallu les miracles, et l'aide du corps abrital qui n'a rien vu de suspect lors de la faute pourtant évidente sur Riquelme. Bien sûr, battre l'Argentine à 10 contre 11 est un exploit, mais doit-on pour autant crier victoire après une telle prestation ? La guerre de tranchée peut-elle réellement être considérée comme une tactique sportive ? En dernière analyse, en tant qu'amateur objectif de football, ne doit-on pas regretter que les artistes argentins - peut-être la plus belle équipe que l'Argentine ait alignée - risquent d'être éliminés d'un Mondial qui lui semble destiné du fait de la rocambolesque apparition de l'équipe belge. Tout cela a-t-il encore un sens finalement ? Le délire à caractère orgiaque qui s'est déroulé sur le plateau de la RTBF après la rencontre tend à prouver que non. Je trouve en outre que déclarer que c'est l'événement le plus important de l'histoire de la Belgique depuis la mort du Roi Baudouin est tout à fait déplacé.

Écrit par : Arbo | 16/06/2006

Réalistes, mais rien n'empêche de rêver ... Cher Arbo, je pense qu'il convient de relativiser.

Tout d'abord, le milieu de terrain était loin d être ultra défensif. Pour preuve la titularisation de Defour. Il passa certes à côté de son sujet en première mi-temps (question de manque d'habitude ; on lui a demandé de défendre beaucoup plus qu'il ne le fait à Genk), mais lorsqu'on revoit la phase qui amène le deuxième but belge ... c'est du grand art !

Certes, nous sommes aidés par la chance, et je crains que ces deux victoires ne portent les joueurs belges au nues et qu'ils en loupent complètement la suite du tournoi ... Mais pourquoi ne pourrions-nous pas être chanceux ? Il y a trois ans, lors de Bulgarie - Belgique, Pierluigi Collina oublie de siffler un penalty flagrant sur Mbo Mpenza, alors que le score était de 2-2... Un but nous aurait probablement envoyé à l'euro portugais. La roue tourne, et j'ai envie d'ajouter : la chance sourient aux audacieux.

Pour ce qui est de l'Argentine éliminée, ce serait certainement dommageable pour le spectateur neutre. Mais comme Alan Haydock le rappelait lors de Studio Mondial, ce sont là les lois du sport. Personnellement, je pense tout de même qu'ils vaincront les Pays-Bas, et finiront deuxièmes du groupe.

Quant à parler de la mort du Roi Baudouin, je rejoins entièrement ton avis ... le football procure énormément de joie et de plaisir, mais cela reste un sport, et n'est en rien comparable à la mort d'un individu, d'autant plus quelqu'un d'aussi charismatique que notre ancien roi. Mais je suis certain que d'où il se trouve, il est fier de la hargne avec laquelle ses ptits gars du football honorent les belles couleurs de notre pays.

Écrit par : Jean Calpaün | 18/06/2006

Go Belgium ! Sûr, la comparaison avec le roi Baudouin risque de faire couler de l'encre dans les journaux de lundi ... Il faut vraisemblabement comprendre la comparaison au niveau de l'engoûment populaire. Personnellement, j'étais dans le carré à Liège vendredi après le match ; j'y ai rarement vu autant de fêtards, et pourtant, c'est guindé tous les week-end ! Il y avait du monde jusqu'au boulevard d'Avroy.

Pour le soi-disant penalty non sifflé, je sais pas si vous avez vu les ralentis pris par les caméras de soutien ... Franchement, on ne peut pas appeler ça un contact. On voit très bien que les jambes de Simons et de Riquelme se frottent, et l'Argentin d'en rajouter une couche ...

Écrit par : Nico | 18/06/2006

Allez les diables!!! hé ben hé ben, je ne savais pas que nous avions fait tant d 'exploits à la coupe du monde 2006!!! Y a vraiment rien à redire de notre petite équipe!!! mdrrrrr Certaines autre équipes feraient mieux de retourner se coucher! lol Au fait, c'est bien trouvé ton idée, attends, je vais sortir le drapeau belge!! Et félicitation pour le passage dans le journal,tout le monde pourra suivre les résultats de la Belgique ;)

Écrit par : caro | 20/06/2006

Vivement demain Le compte-rendu du match contre l'Argentine est troublant de vérité...
J'avais rarement connu tant d'émotion devant un match. Les 4 minutes d'arrêts de jeu me semblaient interminables. Avec le recul, je me permets d'associer la sortie de Vanderhaege avec celle de Zidane contre la Corée. Elle intervient trop tard. J'ai beaucoup de respect pour ce joueur de talent, mais sa fatigue se faisait déjà ressentir dans les 15 dernières minutes de la 1ère mi-temps. Merci à tous les Diables...

Écrit par : auffray | 20/06/2006

Incroyable..... J'en ai les larmes aux yeux rien qu'en lisant le déroulement du match......

Et bravo aussi pour vos discussions réalistes.....

N'empêche, maintenant Vanden Borre est suspendu, non ? Il prend combien de matchs de suspension ?


Écrit par : Crénom | 20/06/2006

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